Musique

Ländlerkapelle

Ländlerkapelle (orchestre champêtre) «Wandervögel», années 1930. Cette orchestre est constituée de membres de la famille yéniche Huser, résidente de Magliaso. En 1939, ils formèrent les «Huser-Buebe», l’une des formations ayant connu le plus de succès pendant plus de 50 ans.

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Sammlung Ernst Spichiger / Cronica.
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De tous temps, la musique a joué un rôle essentiel dans la culture des gens du voyage, y compris sur le plan professionnel. Au XIXe siècle, la quasi-totalité des musiciens ruraux dans les Grisons appartenait à cette communauté. Ils ont surtout marqué le répertoire des danses populaires, en faisant évoluer cette musique et en la sophistiquant.

Pionniers yéniches dans les Grisons

Dans les Grisons, contrairement à la Suisse centrale ou à la région de Berne par exemple, les gens du voyage ont joué un rôle décisif dans le développement des musiques dansantes. En chemin, les Grisons sont entrés en contact avec des musiciens populaires d’autres régions ou d’autres pays et ils ont repris certaines de leurs mélodies, qui font désormais partie du répertoire moderne de la Ländlermusik (musique folklorique suisse-allemande). Les instruments utilisés dès le début du XIXe siècle étaient la clarinette, le violon, la basse de viole (petite contrebasse), parfois une trompette et plus rarement un hackbrett ou une cithare. Il n’existait pas d’orchestre de danse en tant que tel, les musiciens se réunissaient en général avec des membres de leur famille ou jouaient seuls ou à deux, à la maison ou dans un restaurant. Ils jouaient au pied levé et ne savaient pas lire les notes : ils apprenaient ou composaient les mélodies à l’oreille. Le schwyzerörgeli (« accordéon schwyzois »), qui a vu le jour après 1880, ne s’est répandu dans les Grisons qu’après la Première Guerre mondiale.

Il s’agit probablement d’une représentation du légendaire Gigerhannes.

Parmi les pionniers de la musique populaire des Grisons, on compte plusieurs personnalités d’origine yéniche, notamment Johann Majoleth, surnommé Gigerhannes (Jean le violoniste, † 1856), Josef « Seppli » Metzger (1817-1876), Franz Josef « Fränzli » Waser (1858-1895) et Paul « Pauli » Kollegger (1872-1927).

Johann Majoleth est devenu habitant d’Untervaz autour de 1817. Il invitait à la danse en jouant de son violon. On dit que sa femme, Maria Anna Röschler de Triesen, l’accompagnait parfois au hackbrett. Enfant déjà, Gigerhannes parcourait les routes et les chemins avec ses parents et comme son père, il exerça le métier de fabriquant de balais et celui de violoniste. Il fut l’un des ancêtres du clarinettiste et compositeur de musique populaire Lenz Majoleth (1848-1917) et du bassiste Hans Majoleth (1879-1948), qui a fait partie du premier ensemble musical semi-professionnel de Luzi Bruesch, et la famille compta encore d’autres musiciens par la suite.

« Sepplis » et « Fränzlis »

Vers la fin du XIXe siècle, on fit une distinction dans les Grisons entre la musique « Seppli » et la musique « Fränzli ». La première, dans le nord des Grisons, tire son nom de Josef « Seppli » Metzger. Josef Metzger était un clarinettiste d’exception, qui devint une légende encore du temps de son vivant ; selon les dires, il aurait aussi joué avec Gigerhannes après 1840. L’ancêtre des Metzgers était Martin Metzger, un musicien du voyage originaire du Pays de Bade qui obtint la citoyenneté de Cauco en 1817. Les descendants de Seppli ont poursuivi sa tradition musicale.

La musique Fränzli remonte au violoniste Franz Josef Waser, dont la famille originaire de Suisse centrale avait obtenu la citoyenneté de Morissen, dans le Val Lumnezia, en 1827 mais vivait en Engadine. Franz était aveugle mais il avait paraît-il l’oreille absolue. Dans la musique Fränzli, la mélodie était interprétée par le violon tandis que la clarinette se chargeait de l’accompagnement. Les orchestres Fränzli ont subsisté quelque temps encore après le décès de F. J. Waser, en 1895, et aujourd’hui, cette musique connaît à nouveau un franc succès et continue d’être développée (Ils Fränzlis da Tschlin).

Une «Fränzli-Musik» en 1893: sur la photographie, le frère de «Fränzli», Franz Anton Waser, clarinette; Barnabas Fontana, trompette; Gian Nuolf, violon et Mathias Rafeiner, basse.

Paul « Pauli » Kollegger, quant à lui, était un musicien yéniche sans formation stable. Il était originaire de l’Obervaz et vivait des services qu’il offrait comme ouvrier forestier, bûcheron, charbonnier, cocher ou encore berger, parfois y compris à l’étranger. P. Kollegger était l’un des principaux clarinettistes de son époque. Il maîtrisait la musique folklorique traditionnelle avec clarinette et accompagnement par des violons et possédait un vaste répertoire ; de nombreuses mélodies étaient de lui. Le musicien et compositeur Luzi Bergamin a retranscrit un grand nombre des danses de Kolleger, influençant ainsi le développement futur de la Ländlermusik des Grisons.

Un patrimoine culturel national ?

La musique folklorique d’inspiration yéniche a longtemps fait l’objet d’une piètre réputation au sein de la bourgeoisie. Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale que la musique désormais baptisée Ländlermusik s’est constitué un public dans les villes, puis elle est devenue, pendant l’entre-deux-guerres dans le cadre de la défense intellectuelle du pays, une partie intégrante de la culture nationale suisse. Aujourd’hui encore, la Ländlermusik est utilisé comme un élément conservateur d’une « culture populaire » suisse pour la propagande politique. Ce genre musical est encore fortement marqué par les musiciens yéniches, mais la plupart d’entre eux sont restés apolitiques.

Les Yéniches jouent avant tout de la Ländlermusik, mais pas exclusivement : en Suisse romande en particulier, on retrouve également des influences de la musique des Sinti et des Roms, du musette venu de France et du gypsy jazz.

Les jeunes itinérants aiment aussi jouer de l’accordéon, en particulier du schwyzerörgeli.

Georg Jäger

Sources et Littérature

  • Bergamin, Ricco, Persönliche Angaben zu Paul Kollegger und Luzi Bergamin (Bern-Liebefeld 2008).
  • Brunner, Heinz, Mit Klarinette, Schwyzerörgeli und Geige: Ländlermusik in Graubünden. Chur 1995.
  • Brunner, Heinz, Luzi Brüesch und seine Ländlerkapelle, in: Bündner Jahrbuch 1970, S. 73–76.
  • Bündner Tagblatt vom 16.9.1856 (Lebensbericht des Gigerhannes).
  • Jäger, Georg, Brüesch – Jenny – Zinsli. Ländlerkönige aus dem Schanfigg. Ihre Vorgänger und Vorbilder, in: Bündner Jahrbuch 2010, S. 81–96.
  • Peter, Rico, Ländler Musik. Die amüsante und spannende Geschichte der  Schweizer Ländlermusik, Baden 1978.
  • Ringli, Dieter, Schweizer Volksmusik. Von den Anfängen um 1800 bis zur Gegenwart. Altdorf 2006.
  • Roth, Ernst, Lexikon der Schweizer Volksmusikanten, Aarau 1987.
  • Schircks, Eberhardt, Der Gigerhannesli von Untervaz. Ein Bündner Musikant und «Münchhausen», in: Bündner Jahrbuch 1970, S. 122–126.
  • Szadrowsky, Heinrich, Die Musik und die tonerzeugenden Instrumente der Alpenbewohner: eine kulturhistorische Skizze, in: Jahrbuch des SAC 4, 1867/68, S. 275–352.

Exemple de citation

Georg Jäger, Musique, dans: Les gens du voyage suisses – autrefois et de nos jour. Un site pour la Fondation assurer l’avenir des gens du voyage suisses <http://www.fondation-gensduvoyage.ch/autrefois-nosjours/fr/culture/musique> (Version: 03.08.2012).

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